A travers le vote sur la réforme des institutions, c'est une véritable bataille politique qui s'est jouée. A lissue du scrutin, lUMP ne plastronne pas, la gauche non plus. Et le centre gauche
bascule doucement à droite.
Roger Karoutchi, le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, faisait-il
« du cinéma », comme le clamait la gauche, en arpentant les couloirs du château de Versailles avec son air inquiet avant le vote du Congrès ? Peut-être… mais à l'annonce des résultats, les chantres de la réforme des institutions avaient du mal à plastronner. L'ambiance électrique de l'après-midi retombe d'un coup sec à l'annonce des résultats. Les deux tiers du Congrès ont été réunis de justesse... à deux voix près : 539. Il en fallait 538.
Côté UMP, certains ont résisté jusqu'au bout, malgré les fameuses « pressions » de l'Elysée. Les
« trois connards qui existent seulement dans la salle des Quatre colonnes » de l'Assemblée nationale que conspuait Patrick Balkany il y a quelques mois ont tenu bon. Ils sont un peu plus de trois et ont bien failli saborder le scrutin : Henri Cuq, Guy Geoffroy, Jean-Pierre Grand, Jacques Le Guen et le désormais célèbre député du Morbihan
François Goulard ont bravé les consignes élyséennes en votant contre la réforme. Mais celui qui arborait un sourire ravi à la sortie de la séance, c'est George Tron. Avec Hervé Mariton, il faisait partie des UMP critiques qui s'opposaient au texte depuis le début. La semaine dernière, il a accepté de se ranger à la
« discipline de vote ».
« Même si je suis opposé au texte, je suis heureux d'avoir évité une crise politique à mon camp », se félicitait-il en sortant. Avant d'ajouter :
« cette fois ci…. » Comprendre : la prochaine fois, si son vote est encore requis, il faudra savoir le courtiser avec conviction. Sans Jack Lang et lui... la réforme ne passait pas !
Blues à droite, blues à gauche
Ambiance plutôt morose, donc, à droite… mais guère meilleure à gauche. Arnaud Montebourg s'alarme à la sortie de la
« dérive monocratique » qui découlera de cette réforme. Pour le PS, c'est tout de même une défaite.
« On a fait le plein », tentent de se réjouir certains. Mais il y a quelques semaines, François Hollande assurait que les deux tiers du Congrès étaient impossible à réunir sans les voix de son parti. Même sans le facteur Jack Lang, l'équation se révèle aujourd'hui fausse. Plus grave, la réforme passe notamment avec les voix de certains membres du PRG (Parti radical de gauche).
« On reverra nos accords d'ici la fin de l'année », promet Bruno Leroux. La
« trahison » de Jean-Michel Baylet, le président du PRG, sera sanctionnée par le PS. Mais Jean-Michel Baylet pourrait, du même coup,
officialiser le rapprochement qu'il opère entre sa formation et le Parti radical valoisien d'André Rossignot et Jean-Louis Borloo.
Le parti orange fait grise mine
Le centre gauche basculera-t-il à droite ? Côté Bayrou, on se compte sur les doigts d'une seule main : seuls deux sénateurs centristes ont voté contre la réforme, quatre se sont abstenus et deux députés Modem s'y sont opposés… dont François Bayrou lui-même. Jean-Christophe Lagarde, le député-maire de Seine-Saint-Denis passé au Nouveau centre, est ravi :
« Cette fois-ci, il ne reste plus à Bayrou que le dernier carré de Waterloo. » Il promet pour bientôt la reconstruction d'une vraie formation centriste, avant d'aller serrer la main d'Emmanuelle Mignon, la conseillère élyséenne. L'OPA sur l'ex-UDF continue. Même s'il ne reste plus beaucoup d'élus sur qui exercer les fameuses pressions qui ont fait basculer, de justesse, le vote du Congrès ce lundi.
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