Le Président a dû faire profil bas à Dublin. En coulisse, deux pistes de sortie de crise sont imaginées par les diplomates.
La courte victoire du Oui du congrès au projet de Constitution a éclipsé de l'actualité médiatique les difficultés rencontrées par la présidence française pour faire adopter le Traité simplifié. La balade irlandaise du président Sarkozy lui a confirmé à quel point le dénouement de ce dossier allait mettre à l'épreuve sa patience, laquelle ne figure pas parmi ses qualités premières…
Sur place, le président n'a pu qu'être frappé par les similitudes entre les non français et irlandais : d'un côté, les élites politiques, économiques, médiatiques et syndicales pour le oui, de l'autre le peuple qui vote non. Henri Guaino a ainsi noté que
«si les dirigeants syndicaux avaient appelé à voter oui, les syndiqués, eux, avaient voté non». C'est le projet même de l'Union européenne telle qu'elle se fait qui est mis en cause. Bien entendu, les manifestants et les membres de la table ronde à laquelle a été convié le président évoquaient des questions sectorielles comme celles de l'agriculture, des droits des salariés ou encore celle d'une fiscalité favorisant les implantations et la croissance et dont chacun se satisfait sur place. Mais les uns et les autres se retrouvent dans l'exigence de neutralité et d'indépendance, motivation importante dans un pays qui a éprouvé beaucoup de difficultés à sortir de la tutelle britannique.
Cet attachement à l'indépendance rejoint celui manifesté par beaucoup de petits pays de l'Union qui craignent d'être écrasés par la machine européenne. Sur place, le président a dû faire profil bas, affirmant notamment qu'il n'avait pas dit ce qu'il avait dit («Les Irlandais devront revoter») puisque, comme l'a expliqué son conseiller Henri Guaino qui était du voyage, le cadre de ces déclarations supposées n'était pas public. (En fait, il n'était pas privé non plus puisqu'il s'agissait d'une réunion d'élus de l'UMP).
Mandelson conspué
Le président a été impressionné par la vigueur de la détermination irlandaise et de l'attachement commun à la liberté et à l'indépendance manifesté par les partisans du non comme ceux du oui. Il a pu se réjouir de l'impopularité dont bénéfice en Irlande Peter Mandelson, qui, dans le passé, a été mandaté par les Anglais pour s'occuper de la question irlandaise, ce qui ne semble pas avoir laissé un bon souvenir. Les leaders français et irlandais ont d'ailleurs pu trouver dans leur commune opposition à la proposition d'abaissement de 60 à 54 % des taxes douanières européennes sur les produits agricoles matière à rapprochement. Cette détestation partagée du Commissaire britannique ne les aidera cependant que modestement à élaborer une solution dont personne ne perçoit encore les contours, ce qui explique l'invocation, quelque peu magique, du « temps » pour régler le différend irlandais. Le président français semble pourtant avoir obtenu un engagement à signer le Traité de la part de la Pologne et de la République tchèque, ce qui lui permettra, en temps voulu, de faire pression sur les Irlandais pour qu'ils finissent par revoter. D'ici, là il faudra trouver un compromis, pour lequel il y a deux pistes :
- celle de l'accord au forceps, les Irlandais finissant, moyennant une déclaration liminaire leur apportant des garanties verbales, par signer le Traité;
- celle d'un « accord à la danoise », l'Union acceptant dans ce cas que certaines dispositions du Traité ne s'appliquent pas à l'Irlande, comme celà avait été le cas pour le Royaume nordiste au moment du Traité de Maastricht.
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