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Geremek : itinéraire d'un vrai dissident

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Sa forte personnalité et son charisme ont largement dépassé les frontières chahutées de la Pologne. Le 13 juillet dernier, le député européen Bronislaw Geremek disparaissait dans un accident de voiture. Retour sur l'itinéraire d'un éternel dissident.

Geremek : itinéraire d'un vrai dissident
Historien médiéviste, Bronislaw Geremek, grand patriote polonais devenu député européen, n'est jamais arrivé à remonter le temps jusqu'à sa petite enfance, ni à écrire ses mémoires, même si d'autres se chargeaient de lui rappeler à l'occasion ses racines juives. Dans sa Varsovie natale, le petit Bronislaw avait eu à huit ans sa part de ghetto. Il en avait onze quand un compatriote catholique, devenu par la suite son beau-père, le sortit de derrière le mur, caché dans les jupons de sa mère. Son vrai père, issu d'une famille pieuse d'Odessa, avait été gazé à Auschwitz et le garçon voua une reconnaissance sans faille à celui qui lui avait sauvé la vie ainsi qu'à son pays. Le jeune homme studieux ferma les yeux en 1956 sur les manœuvres des tanks soviétiques à la frontière Est de la Pologne et sur les évènements sanglants en Hongrie, et, la carte du Parti communiste en poche, vint compléter ses études d'histoire à Paris. Il se passionna pour les bas-fonds français à l'École pratique des hautes études, fit sa thèse sur les marginaux parisiens aux XIVe et XVe siècles et occupa à la Sorbonne au début des années 1960 la direction du Centre de civilisation polonaise.

Au côté de Walesa dans Solidarnosc
Fortement ébranlé dans ses convictions par les mouvements de protestation qui secouèrent Varsovie en mars 1968 et par la campagne gouvernementale antisioniste qui s'en suivit - des milliers de personnes d'origine juive furent invitées à quitter le pays avec pour unique pièce d'identité un laissez-passer pour Israël - le professeur Geremek dévia de la ligne soviétique et cessa définitivement de croire au communisme à visage humain quelques semaines après, lors de l'intervention des pays frères en Tchécoslovaquie. Douze ans plus tard, il quitta sa trajectoire universitaire en s'engageant avec d'autres intellectuels au côté de Lech Walesa dans Solidarnosc, qui allait fissurer le bloc de l'Est. Un engagement qui lui valut pendant l'état de guerre de tâter de la prison du général Jaruzelski mais aussi de s'asseoir en 1989 à sa table ronde pour négocier le partage du pouvoir. Parlementaire l'année suivante, ministre des affaires étrangères de 1997 à 2000, et enfin député européen depuis 2004, il gagna son combat contre «la loi de lustration» qui devait obliger les anciens communistes à quitter la fonction publique. Le matin du 13 juillet, à 76 ans, il fit sa dernière sortie de route. Mais cette fois Geremek était au volant de sa voiture, une Mercedes, le rêve de tout Polonais. Le stupide accident de la circulation a eu raison de l'éternel dissident.


Mercredi 23 Juillet à 19 heures la bibliothèque polonaise de Paris rend hommage à Bronislaw Geremek.

       

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