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Auteuil-Passy, quartier hautement sensible

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C'est dans les vieux Marianne qu'on trouve les meilleurs déconnautes. Ainsi de cette série parodique parue en 2001 consacrée aux «marronniers», ces sujets qui refleurissent régulièrement à la une des magazines. Aujourd'hui : le ghetto du XVIe arrondissement et ses terribles tournantes.

Auteuil-Passy, quartier hautement sensible
Un minois fragile qui émerge d'un col de vison, des yeux timides et craintifs qui scrutent alentour: même si elle a pris «en toute connaissance de cause» la décision de témoigner sous sa véritable identité, Gersande Duglandier de La Ravette a peur. Comment pourrait-il en être autrement, lorsqu'on est une victime de ces abominables «tournantes» qui minent depuis des années le quartier Auteuil-Passy dans le XVIe arrondissement de Paris ? «Comme pour les autres, tout a commencé dans les immenses sous-sols de L'Entrepôt, raconte Gersande. Et puis, bien sûr, ça s'est terminé chez Franck. Et son fils !» En passant par Meredith, Caroll, Célio, Joseph ou - pis - des étrangers tels que Kenzo, Mac Douglas ou Max Mara... Et puis... Et puis c'est la honte: «Je n'ai même pas osé en parler à mon mari», explique Gersande.

Les sinistres tournantes du quartier
Comment en effet parvenir à prononcer les mots qui font mal: «chéri, une copine m'a emmenée faire le tour des boutiques à Passy, et puis c'est devenu la tournante, et le tournis... J'ai 27000 F (4 116 €) de découvert bancaire !» On ne parle pas facilement de ces choses-là, entre la rue de Passy et l'avenue Mozart. La République a abandonné le terrain dans ce quartier tenu depuis des années par la bande dite des «Taittinger», une famille qui a bâti sa fortune sur des bases aussi douteuses que l'exploitation d'hôtels louches (Lutétia, Crillon...) et le commerce de spiritueux. Le «caïd» de ce noyau dur, c'est le grand frère, Pierre-Christian Taittinger, 75 ans, maire Démocratie libérale de l'arrondissement. Pour lui, les autorités de l'Hôtel de Ville ne sont rien de plus qu'une bande rivale (surtout depuis les dernières élections). Et son quartier, un îlot qu'il faut protéger du monde extérieur. Résultat: le XVIe, coincé entre l'avenue de la Grande-Armée, la Seine et le bois de Boulogne, est devenu une cité enclavée. La mixité sociale n'est ici qu'un voeu pieu. Sur les grandes avenues autrefois populeuses, les petits commerces ont peu à peu fermé leurs portes.

Ici, les caïds veulent faire leurs affaires tranquilles

Passé 20 heures, les rues sont vides et les habitants obligés de parcourir plusieurs centaines de mètres pour trouver une épicerie ouverte. Quant aux rares animations qui pourraient sortir les riverains de leur ennui, elles sont systématiquement refusées par les «parrains» locaux. Ainsi le quartier a-t-il été privé de Technoparade l'an dernier. Heureusement, quelques stars n'ont pas oublié qu'elles avaient vécu là. Certaines ont même décidé d'y rester, au lieu d'élire domicile dans le Quartier latin. Elles mènent courageusement quelques actions en direction de la population locale: les gens se souviennent encore avec émotion de la visite, en mai 2000, de Paul-Loup Sulitzer et de Gérard Lenorman au siège de l'UDE. Il n'empêche, cela ne suffit pas. Les chiffres le prouvent: ici, l'année 2000 a connu une augmentation de 209,52% des infractions à la législation sur les stupéfiants, et + 46,61% de délits économiques et financiers ! Face à ce désastre, les autorités multiplient les tentatives de reconquête du quartier. Ainsi, l'Hôtel de Ville a décidé d'y introduire un peu de mixité sociale en installant, avenue Mozart, un immeuble HLM. De même, certaines organisations non gouvernementales ont ouvert des lieux d'accueil, de rencontres et d'échanges pour se rapprocher des habitants, telle la Banque Zurich qui, en mai dernier, a ouvert un espace dédié au «conseil patrimonial de proximité». Gersande Duglandier de La Ravette le sait: la déghettoïsation du XVIe est en marche.

Pour retrouver les précédents marronniers de l'été, cliquez ici

       

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