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Choc pétrolier: Air Canada abolit 2000 postes

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Responsable d'une crise sans précédent dans l'aviation américaine, le choc pétrolier se fait lourdement ressentir chez Air Canada. Confronté à des prix records du carburant, le plus important transporteur aérien au pays doit retrancher 2000 emplois, soit 8 % de ses effectifs, et clouer au sol 7 % de ses capacités. Alors qu'au sud de la frontière, l'industrie a lancé un appel à l'aide à Washington.

Choc pétrolier: Air Canada abolit 2000 postes
La Société Air Canada est à son tour rattrapée par l'explosion des prix du kérosène. Le plus important transporteur aérien au pays a annoncé hier la suppression de 2000 postes à tous les échelons de l'entreprise et une réduction moyenne de 7 % de ses capacités au cours du quatrième trimestre de 2008 et du premier trimestre de 2009. «La perte de ces emplois est douloureuse compte tenu des efforts soutenus de nos employés afin de rétablir la rentabilité de la Société au cours des quatre dernières années», a déploré Montie Brewer, président et chef de la direction. «Air Canada, comme la plupart des transporteurs mondiaux, doit adapter ses activités et supprimer les vols qui sont devenus déficitaires compte tenu du prix actuel du carburant. Si celui-ci ne baisse pas, nous pouvons prévoir d'autres réductions de la capacité.» Air Canada pratique pourtant une politique de couverture contre la hausse des prix du carburant et applique une surcharge à ses passagers. Mais la flambée pétrolière est devenue trop forte, avec un cours ayant doublé en un an, quadruplé depuis 2004. «Chaque hausse de 1 $ du prix du baril fait augmenter d'environ 26 millions les dépenses annuelles en carburant d'Air Canada.» La compagnie a rappelé que le carburant est devenu son principal poste de dépense, comptant désormais pour plus de 30 % de ses charges d'exploitation. «Aux prix actuels, Air Canada verra ses coûts augmenter de près de 1 milliard en 2008 par rapport à 2007.» Ainsi, même en prenant en compte le profit de sa politique de couverture en carburant, «aux prix et aux niveaux de capacité actuels, la Société dépensera une moyenne de 230 $ en carburant pour l'aller-retour d'un passager, considérablement plus que la moyenne de 146 $ en 2007 et de 110 $ en 2004.» En réaction, la capacité des vols intérieurs sera réduite de 2 % au quatrième trimestre de 2008 et au premier de 2009. La réduction atteindra 13 % sur les vols transfrontaliers et 7 % sur les vols internationaux, pour un total de 7 % sur l'ensemble du réseau. Cet ajustement entraîne l'abolition de 2000 postes, touchant 8 % des quelque 24 000 emplois répertoriés chez Air Canada à la fin de 2007. L'un des premiers grands syndicats à commenter, les TCA, a souligné que 400 de ses membres -- des agents des ventes et du service à la clientèle -- seront touchés par l'annonce d'hier. Pour le président, Buzz Hargrove, «les ambitieux efforts de restructuration de la société (le plus récent étant l'exercice auquel s'est pliée Air Canada en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies en 2003-2004) l'ont peu préparée à cette flambée des prix du carburant, encore moins à une éventuelle récession économique, qui aurait des conséquences encore plus désastreuses sur les travailleurs». Du même souffle, il a rappelé les annonces de compressions chez les autres transporteurs, soit les Delta, Qantas, Continental Airlines, American et United. L'exécutif du syndicat représentant 5000 employés d'Air Canada veut s'assurer que leur charge de travail demeure raisonnable. Il rappelle que «le Syndicat des TCA et Air Canada doivent entreprendre des négociations collectives au cours de la prochaine année, qui marque la première série de négociations depuis que l'entreprise a émergé de la protection des tribunaux contre la faillite en 2004». Crise aux USA Ces compressions s'inscrivent sur fond de crise qui frappe durement l'industrie américaine de l'aviation civile. L'Association américaine du transport aérien (ATA) n'a pas hésité, hier, à lancer un appel à l'aide à Washington, une première depuis les sombres événements du 11 septembre 2001. L'ATA appelle de tous ses voeux une législation aidant le secteur à supporter l'impact des prix records du pétrole sur leur facture en carburant, en pointant en direction de cette spéculation derrière l'embrasement des cours pétroliers. L'ATA, qui a témoigné hier devant une commission du Sénat sur les effets des cours du pétrole sur cette industrie, souhaite «des mesures de bon sens qui assureront de la transparence et une marche arrière d'un processus favorisant spéculateurs et investisseurs institutionnels, en particulier ceux négociant sur les marchés des changes». «Si le Congrès n'agit pas rapidement, notre pays n'aura plus d'industrie du transport aérien viable», a averti l'ATA. L'association estime que l'actuel choc pétrolier forcera les compagnies aériennes américaines à cumuler des pertes de 10 milliards cette année, «ce qui serait l'une des plus mauvaises années financièrement dans l'histoire de l'aviation», a averti le président de l'ATA, James May. «Cette année, les compagnies aériennes américaines vont dépenser plus de 61 milliards de dollars en kérosène, soit un peu plus que la facture en carburant des quatre premières années de la décennie», a-t-il martelé. Il a chiffré à 14 000 le nombre d'emplois déjà supprimés dans l'industrie et à une centaine (à bientôt 200) le nombre de dessertes intérieures abandonnées en réaction à la flambée des cours de l'or noir. Aux réductions de capacité de l'ordre de 7 % à 12 % s'ajoute la faillite ou la cessation des activités d'au moins 26 compagnies aériennes au cours des derniers six mois. Cette hécatombe survient alors que l'industrie américaine de l'aviation venait à peine d'éponger les contrecoups financiers du 11-Septembre, avec l'inscription d'un bénéfice net cumulé de 4 milliards en 2007. United Airlines a donné, hier, une nouvelle illustration des effets du choc. Le deuxième transporteur aux États-Unis a prévenu que sa facture de carburant pourrait atteindre les 9,5 milliards cette année, soit 3,5 milliards de plus que l'an dernier. Ce pourrait être 2,6 milliards de plus pour American Airlines, 1,7 milliard pour Northwest ou encore 1,5 milliard pour Continental. Au total, les analystes estiment que les compagnies aériennes américaines paieront 30 milliards de plus sur leur facture de kérosène cette année, alors que la surtaxe pour carburant devrait leur rapporter 4 milliards.

       

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